Pour toute bonne formation, une bonne conception est nécessaire… cela vaut d’autant plus dans le cadre d’une formation à distance en classe virtuelle, où cela devient vital !

La formation à distance en classe virtuelle est une modalité pédagogique, avec des objectifs pédagogiques, des activités pédagogiques et des évaluations. Une classe virtuelle réunit à distance des apprenants et un formateur en même temps, sur une durée définie et de façon synchrone.

La plus grande difficulté admise pour cette modalité pédagogique est de garder les participants concentrés tout au longtemps de la formation à distance. Cela est rendu possible par une bonne gestion du rythme. En effet, toutes les 5 à 10 minutes, il faut casser le rythme en lançant un quizz, un chat, un petit sondage… pour « récupérer » l’attention des apprenants, en les sollicitant.

Nous allons voir comment la taxonomie de Bloom va nous aider à concevoir des formations en classe virtuelle attrayant et nous permettre de bien gérer le rythme de celle-ci.

La taxonomie de Bloom

Pour commencer, voici un peu de linguistique : taxonomie, constituée du grec « taxis » et « nomos »,  signifie la « règle de classification ».

« Bloom » est le nom de l’inventeur de la « taxonomie de Bloom »: Benjamin Bloom, psychologue américain en éducation.

Il a établi en 1956 une classification des compétences impliquées dans l’apprentissage, qui permet de regrouper des actions (ou opérations) comme « choisir », « assembler », « décrire », « interpréter » ou « schématiser » au sein de grandes catégories cognitives.

Cette catégorisation permet de mesurer les compétences de manière plus globale, d’analyser l’apprentissage de chacun et d’adapter les objectifs pédagogiques des formations.

Cette classification comporte six habiletés cognitives allant de la plus simple à la plus complexe, auxquelles correspondent des opérations typiques.

Les 6 niveaux de la taxonomie de Bloom

1er niveau : reconnaître, se rappeler

C’est le fait de mémoriser des informations et de puiser dans sa mémoire à long terme des données factuelles pour les restituer.

Activités : définir, dupliquer, nommer, identifier, reproduire, décrire, associer, ordonner, retenir, noter, répéter, etc.

2ème niveau : comprendre

Démontrer sa compréhension en établissant des liens significatifs entre ce que l’on se rappelle et une nouvelle tâche. Cela nous demande d’interpréter l’information en fonction de ce qui a été appris.

Activités : démontrer, illustrer, interpréter, planifier, schématiser, classifier, décrire, reconnaître, reformuler, traduire, changer, définir dans ses propres mots, discuter, expliquer, donner des exemples, traduire.

3ème niveau : appliquer

Appliquer ses connaissances ou sa compréhension à un exercice pratique en transférant une procédure apprise à une tâche familière ou non.

Cela nécessite de sélectionner des données pour réaliser une tâche ou pour résoudre un problème.

Activités : appliquer, calculer, construire, pratiquer.

4ème niveau : analyser

Analyser est le fait de mettre en relation des faits et des énoncés ou questions. Cela demande de fractionner ses connaissances sur un sujet en différentes composantes et de démontrer les liens unissant les parties entre elles et avec leur ensemble.

Activités : estimer, calculer, critiquer, distinguer, questionner, analyser, évaluer, catégoriser, comparer, conclure, critiquer, poser un diagnostic, différencier.

5ème niveau : évaluer et synthétiser

Synthétiser des idées nous amène à :

  • Exercer son jugement ;
  • Détecter les éléments inappropriés et manquant de logique ;
  • Démontrer son esprit critique ;
  • Proposer de nouvelles idées ;
  • Établir des plans ;
  • Définir un nouveau produit.

Activités : collecter, construire, formuler, gérer, proposer, installer, évaluer, argumenter, choisir, certifier, critiquer, décider, déduire, défendre, distinguer, recommander.

6ème niveau: créer et évaluer L’évaluation

Niveau le plus complexe et le plus stimulant sur le plan intellectuel puisque nous estimons et critiquons en fonction de critères que nous avons construits.

Activités: argumenter, évaluer, justifier, prédire, chiffrer, assembler, composer, créer, améliorer, synthétiser.

Utiliser la taxonomie de Bloom pour une formation à distance ou une classe virtuelle

Exprimer des objectifs pédagogiques

Baliser le parcours et en faciliter l’évaluation est réalisable par les objectifs pédagogiques. Cependant, il n’est pas toujours aisé d’exprimer ces derniers. Nous nous posons alors des questions comme : quelles formulations utiliser ? Devons-nous intégrer un verbe d’action ? Comment allons-nous vérifier que les objectifs sont effectivement opérationnels et atteignables ?

La taxonomie de Bloom est là pour nous y aider. Elle nous permet de formuler plus clairement ces objectifs : « Au terme de ma formation, je souhaiterais que mes apprenants soient en mesure de… ». Et, en fonction du type de compétences que vous souhaitez faire acquérir chez vos apprenants, continuez votre formulation en utilisant le verbe du niveau d’apprentissage souhaité. Par exemple, à l’issue de ma formation de formateur à distance, je souhaite que mes apprenants soient en mesure d’identifier les 3 usages de la taxonomie de Bloom pour leur propre formation.

Scénariser et construire les séquences d’apprentissage

La taxonomie de Bloom permet d’organiser logiquement la succession des séquences d’apprentissage en débutant au niveau le plus simple et d’évoluer au fur et à mesure vers des niveaux plus complexes. Par exemple, le formateur peut solliciter les activités d’analyse en premier puis le travail de synthèse pour finir.

C’est la scénarisation. Celle-ci arrive une fois les objectifs clairement définis.  Cette étape précise chaque séquence, leur durée, leur contenu, les méthodes, les moyens, les outils et les modalités d’évaluation des acquis.

Évaluer le niveau de l’apprenant

La taxonomie donne aux formateurs des points de repère pour évaluer le niveau de compétence de chaque apprenant. Par exemple, des exercices de catégorisation ou de question / réponse peut permettre au formateur de savoir si les capacités d’analyse du formé sont satisfaisantes et d’adapter sa formation en fonction.

Exemple de l’usage de la taxonomie de Bloom pour les évaluations des apprenants lors d’une classe virtuelle

L’exemple utilisé pour le sujet d’apprentissage des participants est « Savoir utiliser la taxonomie de Bloom ».

Au 1er niveau : reconnaître, se rappeler : les participants répètent les 6 niveaux de la taxonomie de Bloom. Ils peuvent aussi remplir un livret numérique en retrouvant les noms des 6 niveaux en fonction de la définition.

Au 2ème niveau : comprendre : les participants réexpliquent la taxonomie de Bloom avec leurs propres mots à d’autres participants.

Au 3ème niveau : appliquer :  le formateur montre plusieurs exercices d’évaluation pouvant être utilisés lors de formations en classe virtuelle. Les participants identifient pour chacun des exercices quel niveau de la taxonomie de Bloom est sollicité en envoyant leur résultat en mode privé dans la zone de conversation ou de chat.

Au 4ème niveau : analyser : les apprenants construisent une hypothèse, établissent des faits, des conclusions, des interprétations autour de la taxonomie de Bloom lors de discussions en petits groupes.

Au 5ème niveau : évaluer et synthétiser : les participants vont construire des exercices d’évaluation pour leur propre formation de classe à distance en se servant de la taxonomie de Bloom.

Au 6ème niveau : créer et évaluer L’évaluation : il s’agit de critiquer, nous pouvons faire débattre les apprenants en petits groupes sur la pertinence de la taxonomie de Bloom dans un dispositif d’apprentissage à distance ou les amener à identifier les avantages et inconvénients de la taxonomie de Bloom.